Après 4 ans passé en gériatrie, beaucoup de choses pourraient être dites. Je vais essayer de faire un petit résumé des choses qui m’ont marquées…
Les patients : Pendant ces 4 ans j’ai pu rencontrer de nombreuses personnes âgées. Toutes différentes les unes des autres. Des patients âgés, parfois survivant à leur conjoint ou toujours accompagnés, avec des enfants ou non. Des patients qui ont fait le choix de venir en long séjour mais bien evidemment la plupart d’entre eux ne l’ont pas décidés. Des patients ayant gardés toutes leurs capacités intellectuelles et leurs cohérences et puis d’autres complètement désorientés, confus. Des patients atteints de pathologies graves s’ajoutant à leur grand âge. Des patients avec chacun leur histoire, histoire de vie parfois difficile. Des patients en grande majorité dependant, dependance pouvant être totale. Des patients chacun unique avec une vie à raconter ou à se rappeler, avec un caractère unique. Chaque patient est différent et la relation elle aussi est différente. Pendant ces années il y a eu des rencontres marquantes avec ces patients, des centenaires, des patients drôles, des patients touchants, des patients agressifs, des patients angoissés, des patients taquins….beaucoup de visages défilent dans ma tête, et provoque chacun une émotion particulière. Il y a ces patients que j’ai aimé particulierement rencontrer et prendre en charge, ce sont ces patients qui m’ont fait rire, ces patients qui se sont confiés à moi, ces patients qui m’aimaient bien, ces patients aussi exigeant mais reconnaissant, ces patients riche de savoir, ces patients affectueux….Et puis il y a aussi ces patients moins facile à prendre en charge, ces patients agressifs, ces patients douloureux, ces patients exigeants, ces patients colériques, ces patients en fin de vie, ces patients avec des troubles du comportement, ces patients angoissés…. Ils m’ont tous apportés quelque chose, ils m’ont tous fait évoluer, et souvent ils m’ont rendu beaucoup plus que ce que je leurs avaient apportés. Merci à eux.
Les familles
endant ces 4 ans j’ai pu rencontrer de nombreuses familles. Toutes différentes les unes des autres. Des familles avec leur histoire de vie particulière et avec des liens particuliers avec le patient. Il y a ces familles absentes, que l’on a jamais vues ou que l’on voit très très peu. Mais en aucun cas on ne peut les juger. Ces familles à distance que l’on a au téléphone. Il y a ces familles qui viennent régulièrement, qui se font plutôt discrètes. Et puis il y a ces familles qui sont très présentes et qui viennent tous les jours ou tous les deux jours. Ces dernières que l’ont finis par bien connaitre, qui font partie intégrante de la vie du service, un peu comme une grande famille. La relation avec la famille n’est pas toujours simple. Au début il y a souvent une crainte alors il faut qu’un lien de confiance soit établit, les familles peuvent être méfiantes, elles peuvent culpabiliser beaucoup. Ensuite les relations entre les soignants et les familles vont évoluer. Il y a des familles qui peuvent être très exigeantes, parfois même procédurière. Ce sont des familles qui vont être très insistantes, qui vont déceler la moindre chose qui ne va pas, qui vont se mettre en colère pour tout et parfois n’importe quoi. Elles vont pouvoir être agressive même dans leurs propos. Elles vont parfois faire craquer les soignants et leur rendre leur travail difficile. Et puis il y a ces familles qui sont presque protectrices avec l’équipe, ces familles qui prennent soin des soignants, qui sont reconnaissants du travail efectués, ces familles qui participent au bon déroulement de l’hospitalisation de leur proche. Ces familles avec qui ont a plaisir de travailler. Voilà toutes ces familles m’ont permis d’apprendre beaucoup de choses, et de grandir. Merci à elle, pour leur soutien, leur encouragement, leur remerciement, leur sourire, leur collaboration, leur présence.
L’ équipe : l’équipe en gériatrie. Je pense qu’elle est très différente des autres services de l’hôpital. Il y a une ambiance plutôt familiale. Il faut réussir à trouver sa place et ce n’est pas forcément facile. D’autant plus en gériatrie car l’infirmière est souvent toute seule. Elle doit savoir dire à l’équipe aide soignante quand des choses ne vont pas bien mais savoir le dire en gardant leur confiance. L’infirmière est sollicitée par le cadre, le médecin, les familles, les aides soignantes, les intervenants…J’ai aimé travailler avec mon équipe même si elle a beaucoup bougé en 4 ans. J’ai rencontré des gens interessant. Il y a cependant parfois des conflits qui peuvent faire dérailler toute une équipe, des conflits interpersonnels ou généralisés..J’ai pu remarquer que l’équipe dans les moments difficiles étaient capable de se souder enormément. Mon équipe m’a permis d’apprendre beaucoup de choses, et de me faire évoluer, de devenir une meilleure professionnelle. Un grand merci à eux, et beaucoup d’entre eux me manqueront beaucoup.
Les moments difficiles: il y a eu des moments difficiles pendant ces 4 ans. Je pense à mon premier matin seule après seulement deux ou trois jours d’encadrements, ce premier matin où j’ai du gérer un décès. Je pense à ces moments difficiles en fin de vie d’un patient où la souffrance physique ou psychologique ne peut pas toujours être soulagée. Il y a aussi ces patients ou ces familles qui sont très difficiles à prendre en charge parfois. Je pense à ce jour où l’on a déménagé tout notre service définitivement pour un autre batiment, avec le transfert de tous les patients. Je pense à ces nombreux jours où l’on a pas eu de cadre de santé et où il a fallu gérer beaucoup de choses. Je pense à ces gros changements d’organisations que l’on a du appliquer et qui nous étaient imposés et notamment suite à des remaniements de service. Je pense à ces gros conflits d’équipe qui étaient causés par une personne complètement non professionnelle, insupportable, ces conflits qu’elle a installée par son caractère totalment déplacé, conflits qui ont trainé car plusieurs cadres n’ont pas su être objectifs face à la situation et n’ont pas entendu les alertes d’une équipe entière. Je pense à ces moments où la tristesse des familles, leur désarroi face à la perte de leur proche a pu m’atteindre et où ma propre tristesse a pu être difficile à retenir. Je pense à ces situations d’urgence qu’il faut savoir gérer vite et bien. Je pense à ces mouvements de personnel important notamment infirmier en quelques semaines et moi me retrouvant la plus ancienne du service. Je pense aussi à la prise en charge de cette famille qui s’est pas très bien passée suite au décès de leur maman, cette famille qui est partie comme ca sans rien dire à personne alors que j’avais tout fait pour les aider au mieux. Voilà des moments difficiles mais dans chacun de ces moments on peut retenir du positif…
Les moments joyeux : il y a eu pendant ces 4 ans de très bons moments. Les moments de fête surtout, les repas de noël, les anniversaires où la bonne humeur est présente, où de nombreuses émotions positives sont palpables. Les moments de rigolades avec les patients. Les moments de rire avec les collègues. Les quelques batailles d’eau…la fois où j’ai eu la joie de me retrouver dans la baignoire remplie d’eau…voilà ca se résume en peu de ligne parce qu’on ne peut pas décrire ces moments là il faut les vivre ou s’en souvenir…et puis évidemment chaque détail peut enrichir un instant, un sourire, un compliment, un regard…je rajouterais aussi ces petits mots de remerciements que l’on peut recevoir après un accompagnement.
Voilà j’aurais encore beaucoup de choses à dire sur ces années passées, mais c’est très difficle de sélectionner et surtout de relater. J’ai adoré ce travail, les responsabilités, les urgences, les accompagnements, les familles, mes collègues, les patients, les émotions ressenties, le partage avec les patients, mes questionnements sur la vie, la personne, la fin de vie et l’après…et pleins de choses encore.
Je ne regretterais pas cette expérience, je l’ai choisis, aimé et sans doute regretté aussi de la terminer. J’ai du mal à terminer cet article car je le trouve mal écris et très incomplet. Je sais qu’écrire sur ce service est un peu une manière pour moi de ne pas oublier ce que j’y ai vécu et terminer cet article c’est un peu tourner cette page. Mais voilà je sais aussi que je n’oublierai rien….
Il est temps pour moi d’aprendre d’autres choses et notamment en hémodialyse, de donner de moi et de vivre de belles histoires professionnelles mais toujours humaines…



